Le 15 septembre dernier avait lieu le 24h of the Northeast Kingdom, au Vermont. L’idée d’un 24h me trottait dans la tête depuis un bon moment. Le 50km du Catamount avait bien été et j’avais le goût de pousser un peu le défi de la distance. Comme c’était la même organisation, je n’ai pas pris trop de temps à aller m’inscrire.

Le premier objectif était de faire un 80km. On s’entend que j’avais le temps, mais est-ce que j’allais avoir l’endurance, la force mentale pour y arriver? Au moins, je me suis enlevée le stress de la fameuse barrière horaire, ma grosse bête noire. Mais comme je suis assez, comment dire, rigide, je voulais aussi secrètement continuer pendant 24h. J’ai évidemment douté de moi. Les journées de travail plus longues en juillet et les vacances ont diminué le kilométrage. Trois semaines d’entrainement plus structurées dont une belle sortie de 5h et une semaine de 80km m’ont redonné confiance. Assez pour me dire que mathématiquement, je pouvais penser faire 100km.

Le départ était à midi samedi donc nous avons pu partir le matin même. Une bonne nuit de sommeil à la maison était bienvenue. Il y avait peu de coureurs et tout le monde avait installé sa tente ou son abri autour du ravito. Le temps d’une petite réunion et la vingtaine de coureurs est partie dans les sentiers. Le sentier est un mélange de « single track », avec un peu de sentiers larges, de chemin de terre et de beaux trottoirs de bois glissants avec de la mousse. Dès le départ je me sentais bien. L’avantage de faire des boucles de 5,6km est que j’ai couru seulement avec une ceinture Naked et une bouteille d’eau, de Gu ou de Tailwind. Je me suis apportée de la nourriture pour ne pas être obligée d’arrêter toutes les fois au ravito mais je buvais tellement que je devais remplir ma gourde presque chaque tour pour ne pas en manquer. Par chance que Kathleen était là pour me préparer mes gourdes pour le prochain tour. J’étais toujours contente de la voir, elle et son chien, chaque fois que je passais devant notre petit abri. J’ai même réussi à résister à sa bière bien froide en fin de journée.

Ça a pris près de 50km avant que je puisse voir Eric, qui courait lui aussi. Il y avait une section où on pouvait croiser des coureurs en sens inverse mais je ne l’ai jamais vu jusqu’à ce que j’arrive au ravito au moment où il allait repartir. Il n’était malheureusement pas remis de son 100 miles et allait faire un dernier tour avec moi. Pour une rare fois, j’allais plus rapidement que lui, signe que j’allais bien encore. Je suis contente d’avoir pu atteindre le 50km avec lui.

Vers 65km, je commençais à m’endormir dans le sentier, la course commençait à être plus difficile. J’ai pris plus de temps pour manger, pris de la caféine mais voulait repartir sans trop tarder ni m’asseoir avant d’avoir fait au moins 80km. Les tours suivants ont commencé à se faire plus lent. La seule chose qui fonctionnait trop bien était mes intestins… Les pieds commençaient à faire mal. Je me suis inspiré d’Eric qui entre en mode solution lors de ses dernières courses et me suis demandée quoi faire au lieu de me plaindre. Un petit changement de bas et de chandail, un ajout de tape, un peu de Coke et je suis partie pour un autre tour pour atteindre 80km.

Après presque 90km à 5h30, mes pieds étaient vraiment douloureux. Je me suis assise près du feu. Je croyais vraiment que j’avais terminé mais il y avait un petit quelque chose qui m’empêchait de l’affirmer. Je n’ai jamais autant apprécié le bacon et les pancakes autour du feu. J’ai fermé mes yeux quelques minutes et finalement, j’ai attendu que le soleil se lève pour repartir pour ce que je croyais être mon dernier tour. Les pieds ont pris 40 minutes pour me dire qu’ils étaient toujours mécontents. Arrivée au ravito, je dis que j’ai fini, mais Eric me dit que Richard va repartir pour un dernier tour en marchant pour atteindre le 100km. Moi aussi ça me ferait 100…. Je prends le temps de manger un peu et reposer mes pieds avant de repartir avec Richard. Je pensais vraiment que c’était mon dernier… En arrivant, on nous dit que si on fait un dernier tour, personne ne pourra vraiment nous rejoindre avec le temps qu’il reste. Je serais 2e « overall » ex-aequo avec Richard. Parce qu’il nous reste 3h pour faire 5,6km, on repart pour ce qui sera notre vrai dernier tour. Peu de mots se sont échangés. La chaleur commence à revenir. Je peux maintenant dire que j’ai tout donné et suis très satisfaite d’arrêter à 22h40. Merci à Richard d’avoir fait quelques tours et me permettre de vivre un rare podium. J’aurai continué sans « trop » dormir et fait 105km. La douche fut douloureuse car j’ai appris comme d’autres avant moi qu’il n’y a pas juste mes cuisses de lutteuse qui peuvent frotter…

Est-ce que c’était ennuyant 19 fois la même boucle? Non parce que je savais quand j’allais pouvoir courir un peu, me rafraichir dans le petit ruisseau, et je savais quand il ne me restait que quelques minutes pour descendre vers le ravito avec les encouragements et applaudissments. Aussi, je me suis perdue “seulement” les deux premières fois. Après, mon cerveau a compris, même la nuit.

Edith et Richard en finissant leurs 19ème tour, à 105,4km

L’organisation a encore été à la hauteur, comme au Catamount. Ravito fourni, ambiance relaxe. Quand le directeur de course prend le temps de te cuisiner un sandwich déjeuner avant de repartir pour une boucle… Le diner d'après course fait par un traiteur local, Sustainable Kitchen, était succulent. Au fond, je fais ça juste pour le buffet.

J’avais apporté de la musique mais n’en ai pas eu besoin car j’ai toujours des chansons dans la tête en courant. Jugez-moi mais c’est ce qui jouait en boucle dans ma tête samedi :

  • Show Me the Meaning of Being Lonely, Backstreet Boys

  • Fire, Gavin DeGraw

  • Pound the Alarm, Nicki Minaj

  • Très haut, Mixmania 3 (eh oui!)

  • My Songs Know What You Did in the Dark, Fall Out Boy

  • Despacito x Shape Of You, Pentatonix (là mes enfants croulent de honte)

  • Adieu monsieur le monde, Michel Fugain.

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